La grande hypocrisie d'Exit - ou: le Bon docteur et la mauvaise conscience
Lors de l'émission Infrarouge sur la TSR (mardi dernier), je n'ai pas fait de cadeau à Jérôme Sobel - en le félicitant de ne pas mener une croisade morbide (expression de Blaise Willa dans son éditorial du Matin - j'étais en effet très ironique, ce que tout le monde n'a semble-t-il pas bien saisi. Le risque existe en effet d'un triomphalisme d'Exit après le jugement de Boudry (jugement que je ne conteste pas comme tel, à titre exceptionnel, notez-le bien). M. Sobel a montré pour une fois profil bas, car il sait bien que l'opposition à son discours est forte et que les sondages sont trompeurs sur ce que les gens pensent vraiment le jour où ils devront se décider.. Il m'a d'ailleurs remercié à la fin d'avoir été « gentil » avec lui !!! Mais je ne suis pas dupe de ses stratégies démagogiques et de son argumentation fallacieuse. J'ai insisté sur le fait que nous devons toujours avoir ; mauvaise conscience » - contre la bonne conscience dont trop souvent Exit fait preuve, banalisant ainsi la subjectivité et négligeant la formation sérieuse de ses bénévoles. Je maintiens que l'assistance au suicide est un acte non médical, à la différence de l'euthanasie si elle devait être dépénalisée. N'importe qui devrait - au fond de sa conscience ! - avoir le courage de donner le pentobarbital, s'il pense sérieusement agir par compassion désintéressée et par amour pour la personne qui le lui demande. Il est hypocrite d'y voir un geste médical ! L'important, c'est l'interdit du meurtre, comme l'ont très bien spuligné dans le débat MM. Martin, Zulian et Betticher. Il peut y avoir transgression éthique de cet interdit, exceptionnellement - je parle maintenant de l'euthanasie active - mais une dépénalisation n'équivaut jamais à une légitimation morale automatique et généralisée. C'est ce que M. Sobel ne comprend pas, faute d'une réflexion éthique approfondie. Nous en discutons lui et moi depuis des années, et je ne vois pas de raison de le laisser se présenter comme le bon apôtre de la bonne conscience; avec Marco Vannotti, nous l'avons appelé un jour - ironiquement ! - « le bon docteur Sobel », pour dévoiler son attitude hypocrite envers tous les médecins et soignants qui travaillent nuit et jour au service des patients. Le Dr Zulian a été d'une sévérité bienvenue envers Exit, car lui, il est tous les jours dans cette réalité médicale et humaine, il bien montré que les soins palliatifs, c'est pas de la morphine, mais de la chaleur humaine, de l'amour au quotidien ! Et j'ai bien ri de voir M. Sobel se laisser sans broncher traiter de pape de l'assistance au suicide et de l'euthanasie ! Car le vrai dogmatique dans la question, c'est lui. Il aime être reconnu comme une Autorité infaillible, comme un gourou bienveillant. Comme théologien et comme penseur libre, je me méfie de tous les papes, quand ils en viennent à se croire infaillibles. Comme croyant, je doute. C'est pour cela que me bats librement; et tant pis pour ceux qui croient que ma passion est de l'intolérance: je veux seulement que chacun soit libre et digne, pas seulement les adeptes du pentobarbital, cet opium de l'auto-délivrance confiée aux Bons papes de la Médecine douce. Je veux seulement que les membres d'Exit, comme moi, aient mauvaise conscience - car il n'y a pas d'éthique, athée, agnostique ou croyante, sans ce moment-là: ma conscience me tourmente. je ne suis pas sûr d'être dans le vrai. Je ne suis pas un pharisien mais un homme faillible, qui tremble quant il s'agit de la vie et de la mort d'autrui. La grande hypocrisie, c'est le pharisaïsme de celui qui croit être dans le vrai. De ce point de vue, le titre de l'émission était faux: la grande hypocrisie, ce n'est pas de refuser l'euthanasie, c'est de nous manipuler au nom de bons sentiments. Last Exit to Paradies, nous dit le Bon Docteur. Illusion, opium du peuple, refus d'une éthique véridique, voilà ce que je dis. Je ne demande pas l'interdiction d'Exit et de Dignitas, mais que soit dite clairement leur imposture éthique.
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