Pour le catholique et moderniste Alfred Loisy, l'affirmation « Jésus a prêché le Royaume de Dieu et c'est l'Eglise qui est venue » n'a pas le sens catastrophique que ladite phrase prendra chez le protestant libéral Adolf von Harnack. D'après mon collègue Frédéric Amsler, avec qui j'en parlais l'autre jour, et pour autant que je l'aie bien compris, Prieur et Mordillat, dans leur série sur l'Apocalypse actuellement diffusée sur Arte, privilégient la vision catastrophiste de Harnack en croyant que c'était celle de Loisy. L'émission est construite et montée à partir de l'idée d'un déclin, d'une dégringolade entre le Jésus originaire et l'Eglise ultérieure. Pour ma part, je suis persuadé qu'à l'origine il n'y aucun message chimiquement pur, mais toujours une rencontre portant à interprétation. Et c'est pourquoi les « manipulations » ecclésiastiques ne sont que le reflet de notre condition d'interprète et d'existant. Nous sommes appelés à nous situer nous-mêmes face à une parole de vie, à un message de changement. Aucun savoir des origines, aucune science absolue ne nous délivrera de ce pari, de ce risque. Autrefois, dans mes cours de gymnase, l'admirable pédagogue libre qu'était l'agnostique Gérald Schaeffer tâtonnait devant nous pour tenter de comprendre à sa manière le pari de Pascal... J'ai aussi fait de la théologie à cause, grâce ou malgré lui; et c'est sous sa direction (lui grand connaisseur et amoureux de Nerval et de Breton) que j'ai rédigé un travail de concours sur les Contemplations de Victor Hugo. La question de Dieu, du sens de la vie, de la mort, de la révélation (« apocalypse »), de l'Amour - demeure vive. A jamais. Béance. Mouvance. Quête. Passion. Défi. A partager. A renouveler.
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