Je viens de recevoir la recension suivante sur mon livre
Le football, ses dieux et ses démons (Labor et Fides, 2008)
« On sait des choses, ou rien du tout, ou peu… sur le football. On
aime, ou l’on n’aime pas du tout, le football ; on est accro à la Coupe du
monde, à la coupe d’Europe et aux championnats divers, on y est indifférent, ou
encore agacé par leur retentissement médiatique… Peu importe. Le livre de Denis
Müller intéressera tout lecteur, quel que soit son appréciation du foot. Le
recenseur, pas du tout porté à trouver intérêt à quelque sport que ce soit, a
cependant pris grand plaisir à lire l’ouvrage.
Plaisir d’abord de partager celui de l’auteur qui se délecte aux
souvenirs liés au spectacle des matchs de foot et à sa connaissance de
l’histoire du foot, et qui sait communiquer toute la malice qui imprègne les
récits des grands moments, des exploits et des événements pittoresques ou
drolatiques survenus dans les parties les plus mémorables, récits qui
alimentent l’élaboration du grand récit du foot. La familiarité de Denis Müller
avec les héros de ces faits, son amitié et la sympathie qu’il éprouve sont
communicatifs. Et son information, d’une étendue époustouflante (dont témoigne
une bibliographie de quasiment neuf pages !) n’est jamais pédante. Elle
vient toujours aviver et animer un sentiment, un souvenir… mais surtout lancer
l’interrogation et la réflexion.
Toutefois, cette bienveillance n’est pas indemne de lucidité. Le
sous-titre du livre – Menaces et atouts d’un jeu déréglé – en fait foi. Car
notre auteur n’a pas écrit seulement une histoire du foot. Il en expose les
caractères contemporains, voyant en eux une « expression de la modernité
industrielle et de la postmodernité financière ». Le foot a le grand
mérite de réintroduire dans la vie sociale les aspects ludiques, donc normés
(l’importance de la règle !) de l’activité humaine. Il a ainsi à voir avec
la gestion de la violence. L’analyse de la figure et du rôle de l’arbitre est
en résonance avec bien des recherches sociologiques sur le traitement des
conflits.
L’analyse, de sociologique, devient anthropologique et éthique.
C’est dire, très rapidement, que la mise au jour des « dieux et
démons » du football le fait apparaître comme une « formidable
parabole de notre destinée individuelle et collective, dans son ambition
constitutive, expression d’un partage jamais résolu entre le désir de beauté et
le retour cyclique du malheur et des inégalités ».
Maurice Gueneau