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A propos de l'auteur

13 avr 2009

Faivre, Wüthrich, Hochstrasser

Xamax ou Sion auraient sans doute de quoi bâtir de belles équipes compétitives autour des jeunes talents formés au club. Mais 11 talents ne font pas un team. Ce qui compte, c'est un patron sur le terrain, un coach unique, un président qui reste dans son rôle. Encore du boulot.

05 avr 2009

Fond de jeu et esprit du jeu

Le candidat alternatif Roger Favre s'est risqué pour une fois à une comparaison footballistique sur Canal-Alpha+, au soir du premier tour des élections neuchâteloises. Il ne suffit pas de marquer des buts, a-t-il affirmé, encore faut-il avoir un fond de jeu. Il faisait allusion à la difficulté toujours plus grande d'avoir en politique de véritables débats. Sur ce point au moins, je ne saurais lui donner tort.


Juste auparavant, au stade de la Maladière, Neuchâtel-Xamax venait de livrer sa meilleure prestation depuis longtemps - en première mi-temps, contre les Young Boys (avec leur tenue grenouille). Deux buts, dont une splendide lucarne, mais surtout un jeu posé, alerte, imaginatif, offensif.  Ce qu'on pouvait craindre arriva en deuxième mi-temps, via, il faut le dire, un coaching gagnant de l'entraîneur des Bernois et un soutien sans faille des nombreux supporters jaunes et noirs comme toujours tonitruants et déchaînés. Y avait-il hors-jeu sur l'égalisation ? Je le crus, à voir le geste de l'arbitre Busacca, par ailleurs excellent, mais qui me parut revenir sur sa décision et suivre trop vite son juge de ligne. Quoi qu'il en soit: la victoire bernoise était prévisible, dès lors que les poulains de Geiger et Aeby reculèrent dès le début de la deuxième mi-temps, au lieu de continuer leur jeu et de chercher le troisième but d'entrée. Mais bien sûr, il aurait fallu le pouvoir. Ce sont les Bernois qui mirent leur veto, comme les Neuchâtelois l'avaient très bien fait avant la pause. On a souvent tendance à oublier l'influence de l'adversaire sur la prestation de l'équipe que l'on appuie  !

Le fond de jeu était neuchâtelois en première mi-temps, bernois en seconde. L'esprit du jeu fut généreux de part et d'autre, mais le winning spirit, clairement, était plus grand, comme le montrèrent les Haeberli, Doumia et David Degen.

25 mar 2009

Des universitaires catholiques belges protestent contre le manque de sens des responsabilités du pape

Bravo et merci à ces collègues de l'Université catholique de Louvain, qui viennent de publier la prise de position suivante dans le Soir de Bruxelles (25 mars 2009).



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Ce 17 mars 2009, lors d’une conférence de presse dans l’avion qui le menait vers l’Afrique, Benoît XVI a tenu des propos qui ont suscité une vague de protestations virulentes. L’incidence du SIDA en divers pays d’Afrique subsaharienne est d’une gravité effarante : en 2008, sur 33 millions de personnes infectées dans le monde, 23 vivent en Afrique subsaharienne ; l’épidémie est particulièrement dévastatrice au Botswana, en Guinée, au Lesoto, en Swaziland, au Zimbabwe et se caractérise notamment par un pourcentage élevé des femmes séropositives (sources ONUSIDA 2008 ). Toute prise de position peut donc avoir des conséquences considérables, en nombre de vies humaines concernées. Professeurs à l’Université catholique de Louvain, attentifs aux valeurs portées par la tradition catholique de notre université, nous ne pouvons rester indifférents à cette question. Si l’on prend en compte l’ensemble de son intervention, Benoît XVI parle d’un double engagement : « le premier, une humanisation de la sexualité » et « le second, une amitié vraie, surtout envers ceux qui souffrent ». Le pape vise là deux axes dans une stratégie de lutte contre le SIDA : d’une part, la promotion d’une sexualité vécue dans ses dimensions humaines et spirituelles plénières et, d’autre part, l’attention et le soin à toute personne souffrante. Sur le plan des principes, on ne peut qu’approuver le propos et souligner les accents humanistes des orientations proposées. Les difficultés se situent dans les modalités de poursuite de ces objectifs. « S’il n’y a pas d’âme, si les Africains ne s’aident pas, on ne peut résoudre ce fléau en distribuant des préservatifs : au contraire, cela risque d’augmenter le problème.» Cette position s’inscrit dans la droite ligne du rejet par la hiérarchie catholique des moyens de contraception, présentés d’emblée comme contraires à l’humanisation de la sexualité. Nous ne pouvons souscrire à une telle position tant pour des raisons théoriques que pour des raisons pratiques. Sur le plan théorique, le refus de la contraception sous prétexte de déshumanisation nous paraît contestable. Un élément technique n’est pas, par lui-même, porteur de sens. C’est la manière dont l’être humain l’intègre dans son comportement qui en fait un élément d’humanisation ou non. Depuis plusieurs dizaines d’années, de nombreux couples, chrétiens ou non, peuvent témoigner d’un usage de divers moyens contraceptifs qui contribue largement à une « humanisation de la sexualité ». Les moyens contraceptifs peuvent être mis au service du respect des personnes dans leur globalité. Ils peuvent s’inscrire dans une conception spirituelle de la vie de couple. Sur le plan pratique, renoncer aux moyens contraceptifs dans la lutte contre le SIDA conduit à des conséquences catastrophiques. En effet, l’efficacité de ce mode d’action a été établie par de nombreuses études scientifiques de santé publique. Renoncer à ce moyen d’action ne peut se justifier qu’en fonction d’une argumentation solide, qui aboutisse à une meilleure prise en compte du bien-être de la population. Cette argumentation est absente dans le discours pontifical. Un simple recours à l’humanisation de la sexualité est, sur ce plan, profondément insuffisant. Au sein des programmes internationaux de sensibilisation, de nombreux groupes investissent depuis des années dans l’éducation à la santé, dans l’information concernant les mécanismes de transmission de la pathologie et proposent les préservatifs comme mode de protection personnelle et de lutte contre l’expansion de l’endémie. Il s’agit bien là d’un travail d’humanisation de la sexualité, d’éducation à un rapport responsable à son propre corps et au corps d’autrui, de prise en compte du bien-être collectif. Nous tenons à apporter notre appui le plus déterminé aux équipes d’éducation à la santé en Afrique subsaharienne qui, jour après jour, travaillent à une information des populations concernées et proposent à ces populations des moyens pratiques de contenir l’évolution de l’endémie. En articulant l’usage d’un préservatif à un objectif de protection des personnes, elles contribuent largement à une humanisation de la sexualité. Leur travail doit être reconnu et encouragé. Plusieurs d’entre nous entretiennent des contacts réguliers avec le monde africain. En diverses cultures, les obstacles symboliques à l’usage des préservatifs sont importants. Plutôt que renforcer ces obstacles, on pourrait attendre du discours chrétien qu’il propose une humanisation de la sexualité compatible avec la technique et facilite ainsi l’acceptation des préservatifs par les populations. L’Afrique mérite mieux que le rappel d’un principe largement inappliqué dans la culture même qui l’a produit. Philippe Baret, Agronomie; Marc Crommelinck, Neurosciences; Bruno Delvaux, Agronomie; Bernard Feltz, Philosophie des sciences (porte-parole); Camille Focant, Théologie; Nathalie Frogneux, Philosophie ; Eric Gaziaux, Théologie; Pierre Gianello, Médecine ; Didier Lambert, Médecine; Pierre-Joseph Laurent, Anthropologie; Walter Lesch, Théologie et Philosophie ; Jean-Louis Renchon, Droit.

03 mar 2009

Déni de justice

La manière dont Oskar Freysinger (conseiller national UDC) a « dialogué » avec Tarik Ramadan (professeur à Oxford et citosen suisse lui aussi) ce soir sur Infrarouge au sujet de l'initiative contre les minarets était honteuse. Aucune citation exacte, des amalgames incessants, un déni sur la citoyenneté suisse de son interlocuteur. Il faut vraiment que cet illetrisme politicard cesse.

02 mar 2009

Nonchalance et imprévoyance

Les joueurs et le staff de Neuchâtel Xamax semblent avoir peu appris du passé. Brader le match de Bellinzone après le bel effort contre Sion, spéculer sur la faiblesse de Vaduz, c'est oublier les aléas d'une compétition qui sera féroce et serrée jusqu'au bout. Quel misérable manque de perspective !

18 fév 2009

La rougeole rend solidaires

Excellent débat hier soir sur Infrarouge, émission qui semble se libérer enfin de ses schémas binaires. Près de 50 enfants ou adolescents sont atteints, dont un important foyer autour de l'Ecole Steiner près de Lausanne. Les statistiques de l'OMS sont claires: on meurt encore beaucoup de la rougeole aujourd'hui, et les enfants de moins de six mois, non vaccinables, sont particulièrement menacés. Le Conseiller d'Etat socialiste vaudois Pierre-Yves Maillard a décidé la quarantaine pour les élèves atteints. Heureusement, le débat ne s'enlise pas dans de simples querelles idéologiques du type pour ou contre le vaccin (dont la dangerosité n'est pas toujours connue exactement par ailleurs), pour ou contre l'Ecole publique, etc. Le Conseller d'Etat est clair, la spécialiste des vaccins aussi, et le représentant de l'Ecole Steiner a un sens remarquable des responsabilités. 

 La responsabilité envers nos enfants et le devoir de soludarité envers ceux des autres reprennent leur juste place dans nos inquiétudes morales au quotidien. Signe de santé.

11 fév 2009

Mobility et esprit de groupe

L'ère Hitzfeld sera peut-être celle d'une nouvelle mobilité. L'équipe de Suisse voit arriver sans cesse de nouveaux joueurs, ou de nouveaux cas de figure: Gelson Fernandez en latéral, par exemple. On peut se dire que le nouveau mentor de la Nati fait de nécessité vertu. Je crois plutôt qu'il a bien compris que l'esprit du groupe l'emporte sur les vicissitudes des individus. Signe que le règle de l'hyperlibéralisme touche à sa fin, pas seulement sur un terrain de football ?

08 fév 2009

Le retour de Maradona

Vendredi soir, avant de dialoguer à Marseille avec le président de la Croix-Rouge française, le pédiatre et généticien français Jean-François Mattei, ancien ministre de la Santé, sur le thème de l'avenir de l'humain et de l'humanité, j'ai pris quelques photos du Stade Vélodrome, antre mythique de l'OM, en compagnie du pasteur Joël Baumann, animateur de l'Espace Magnan.


Remontant samedi matin sur Paris pour une autre séance, je découvre le supplément de l'Equipe, centré sur le match amical France-Argentine, qui verra le retour, ou plus exactement l'arrivée, de Diego Maradona à Marseille. Le président de Napoli s'était en son temps refusé au transfert du Pibo del Oro dans l'équipe de Bernard Tapie.

Quel entraîneur sera Maradona ? Réussira-t-il à qualifier l'équipe d'Argentine pour les Championnats du monde en Afrique du Sud ? Surtout, réussira-t-il à dominer ses pulsions pour devenir enfin un homme à la hauteur de son immense talent de joueur ? Un beau défi, en vérité ? Car il faut bien avouer que la consultation du site internet de l'Eglise maradonienne (www.iglesiamardanoniana.com.ar), d'un ridicule désolant, ne contribue pas à grandir l'image de Diegito.

03 fév 2009

Amateurisme dirigeant

La valse-hésitation du président de Neuchâtel-Xamax, licenciant Nestor Clausen pour le remplacer par un Jean-Michel Aeby non détenteur des diplômes requis par l'ASF, est sidérante d'amateurisme. Est-ce bien là une manière de redonner confiance à une équipe déboussolée et à un public désabusé ? Tout le monde en doute. Mais c'est bien là une des contradictions majeures de notre temps: les décideurs n'ont pas toujours les moyens intellectuels et managériaux de leur ambition et de leur porte-monnaie.

26 jan 2009

Alex Kovalev star des Etoiles

Il est difficile d'imaginer pour nous en Europe la popularité d'Alex Kovalev, l'ailier magique des Canadiens de Montréal et par ailleurs de de l'équipe nationale de Slovaquie. Je l'avais vu de mes propres yeux « crever l'écran », patineur et dribbleur étincelant, lors du match contre Nashville au Centre Bell le 15 janvier. Hier soir, Kovalev a donné la victoire à l'équipe de l'Est contre celle de l'Ouest, dans le classique « match des étoiles ». Le Devoir dit notamment ce qui suit à son sujet ce matin : «La tradition le veut: le match des étoiles de la Ligue nationale de hockey (LNH) est l'occasion d'une avalanche de buts, et hier n'a pas fait exception. La fin de semaine de festivités qui a animé Montréal s'est ainsi conclue par une victoire des vedettes de l'Est contre celles de l'Ouest, 12-11. Un point d'orgue signé Alex Kovalev, qui a soulevé la foule à plusieurs reprises avant de conclure en fusillade. Il a de fait fallu se rendre jusque-là pour départager les deux équipes. Des buts de Kovalev et d'Alex Ovechkin contre Roberto Luongo ont réglé le cas de l'Ouest, tandis que Tim Thomas résistait de l'autre côté.Cette première dans l'histoire de la classique a permis à Kovalev d'être choisi le joueur du match, à l'immense plaisir de la foule. Le gars des vues n'aurait pas fait mieux: l'attaquant du Canadien s'est distingué tout au long de la partie, inscrivant deux buts et ajoutant une passe en temps réglementaire. Le capitaine de la formation de l'Est a aussi obtenu sept lancers ». NB. Que le lecteur ne s'inquiète pas: il n'y a pas eu de coups de feu à Montréal. Une « fusillade » signifie, en parlure québecoise, un tir au but. Et je suppose que l'expression charmante « le gars des vues » désigne un spectateur !

23 jan 2009

Michelle Obama et le pasteur Wright

Dans le livre de Liza Mundy Michelle Obama First Lady (Plon 2008), on voit le rôle qu'a joué le pasteur Jeremiah Wright dans la socialisation religieuse de Barack Obama. C'est lui qui a béni le mariage du couple à Chicago. Obama a ensuite quitté l'Eglise du pasteur Wright, suite à un dérapage de ce dernier, mais c'était dans le cadre de la campagne et sous pression. J'ai entendu Wright à Chicago le 9 janvier, lors du congrès commun de la Society for Christian Ethics et de la Society for Jewish Ethics. Il a dérapé une fois plus en parlant de l'intervention d'Israël à Gaza comme d'un nettoyage ethnique. Cela dit, c'est loin d'être un hérétique, il défend la théologie de la libération et les Obama reconnaissent lui devoir beaucoup. A Chicago, il a reçu une double standing ovation des 700 membres présents de nos sociétés savantes. Je suis resté assis, mais ai admiré sa prestance et sa clarté, celle d'un prédicateur inspiré osant dénoncer les hypocrisies de la société américaine, plus choquée par les frasques de Clinton que par la  politique guerrière de G. W. Bush. Mon ami Ronald Green, philosophe juif de Darmouth College, par ailleurs opposé à l'intervention d'Israël à Gaza, a déposé une protestation contre le dérapage de Wright, mais a reconnu la légitimité de sa présence à notre Congrès. Wright avait été invité par notre président sortant, le pasteur Darryl Trimiew, un géant tranquille, afro-américain engagé et respecté de tous. 

15 jan 2009

Chappaz homme libre

Maurice Chappaz vient de mourir. Homme libre. Ecrivain charismatique. Qui sut dire son amour comme pas un. Veuf de Corina Bille, son inspiratrice sans pareille. Frondeur. Mystique. Tonique. Le Valais a perdu un peu de son esprit. Le monde a-t-su l'honorer comme tel ? J'en doute. Mais lui a suivi sa ligne. La ligne du coeur et de la vie. La science des mots. La juste parole. Inspiration. Protestation. Transcendance.

05 jan 2009

Villes 2009


Enfant de Neuchâtel, familier des sœurs rivales du Léman (Genève l’omphalique excentrique et Lausanne la provinciale aspirée), arpenteur de Bienne, d’Yverdon ou de Bâle, je suis un citadin – hier Londres, Munich,Tübingen, New York, San Francisco, Mexico, San Cristobal, Florence, le Cap, Pretoria, demain Montréal et Chicago, puis Paris, Bruxelles, Marseille, Yaoundé. Chaque ville a son âme unique et son corps spécifique. Les religions y habitent en désordre et en recomposition haletante. La plus grande pauvreté y côtoie le luxe. La ville fascine, aveugle, use, provoque, relance.

 

Quand on visite l'antique Raguse, dont Fernand Braudel a si fortement souligné le rôle méditerranéen central au XVIe siècle, comment ne pas être ému par les restes de la vieille citadelle, que les Serbes ont soigneusement évité de bombarder, en 1992, afin que le capital touristique de Dubrovnik leur demeure acquis après la guerre ? Bref, chaque fois qu'il est question de la ville, dans l'histoire de l'humanité, c'est le « principe humanité » qui en prend un coup.

 Une géoéthique de la Ville est forcément l'indice d'une rupture avec la platitude des éthiques planétaires qui occulteraient le noyau violent de la Ville,  la ville comme cloaque. Mais une poétique des passages ne saurait se contenter de rester au niveau des structures de métal du XIXe siècle, des échafaudages de la New York de Breakfast in the sky (1932) ou des restes calcinés des Tours du World Trade Center.

 

« Les rues sont l’appartement du collectif » (W. Benjamin, Paris, capitale du XIXe siècle, p. 875)

 

Alphonse Allais avait donc raison : s'il faut construire les villes à la campagne, c'est pour que de l'air circule dans les artères et les veines du social et du politique. La poétique des passages est subversive, elle crée de l'instabilité normative et de l'éthique intégrative là où une éthique planétaire, trop élémentaire extension d'une géoéthique, pourrait se contenter d'entasser banalité sur répétition, ennui sur incognito, indifférence sur violence, miasme sur pollution, vertige sur nausée

 

Quelques lectures :

 

wWalter Benjamin, Paris, capitale du XIXe siècle (Le livre des passages), posthume, 1982, Paris, Cerf, 1997 (3e éd).

wStefan Zweig, Le monde d’hier (1944), Paris, Belfond, 1982, 1993.

wJean-Bernard Racine, La ville entre Dieu et les hommes, Genève-Paris, Presses Bibliques Universitaires et Anthropos, 1993.

wBertrand Lévy & Claude Raffestin, Voyage en ville d’Europe. Géographies et littérature, Paris, Métropolis, 2004.

wDenis Müller, L’éthique protestante dans la crise de la modernité. Généalogie, critique, reconstruction, Paris-Genève, Cerf-Labor et Fides, 1999, p. 64-66 (à propos de la rue de Bourg).

04 jan 2009

Vie moderne et dette envers le passé

J'entendais ce dimanche en fin d'après-midi, sur les ondes de la radio suisse romande, le photographe et cinéaste Raymond Depardon (1942) parler de son dernier film La vie moderne, qui vient de recevoir le Prix Louis-Delluc 2008 et qui constitue le 3e volet d'une suite cévenole. 


N'ayant pas encore vu le film, j'ai effectué une rapide consultation sur internet. Visiblement, le film a ses adeptes mais aussi ses détracteurs (sur certains blogs, des spectateurs se plaignent que leur soit renvoyée une image vieillotte et édentée du protestantisme comme de la vie paysanne). 

A écouter Depardon, j'ai plutôt le sentiment que cet homme a réalisé avec ce film le travail de mémoire qu'il devait à son père et dont toute son oeuvre semble avoir été porteuse. Ce qui m'a plus aussi, c'est de l'entendre dire que les racines paysannes de ces régions isolées entretenaient un lien étroit avec les petits-enfants qui en ont issus, et qui ont essaimé dans les villes tout en ressentant la nécessité impérative d'un ressourcement. 

Ce serait cela, la vie moderne, un essaiment nomade ne rechignant pas d'assumer ses racines. 

J'irai voir le film avec passion (en résonance à cette passion paysanne dont parle souvent Depardon).

Avec, aussi, cette conscience d'avoir modestement tenté une élaboration analogue, envers mon propre père, lorsque j'ai entrepris d'écrire enfin un jour mon livre sur le football.

02 jan 2009

La preuve par 9 et l'espérance matutinale

Chacun cherche à prouver sa vérité par A + B. La mode actuelle est aux Origines, au Passé, à la Source: prouver la foi par le Jésus historique, ou la science par la non existence de Moïse.

Commencer l'An 9 à neuf, c'est peut-être renoncer à la preuve par 9, et croire en la gratuité de l'amour, en la force contre-factuelle de l'espérance.

Un collègue et ami m'envoie ce poème de Rainer Malkowski:

Frühaufsteherin

Wozu mit ihr streiten?

Zahlen

beeindrucken sie nicht.

Sie kommt von jenseits

der Wahrscheinlichkeitsrechnung.

Hoffnung -

Frühaufsteherin

am schwärzesten Tag.

14 déc 2008

Dignité de la Personne : pas de monopole romain

L'instruction romaine sur la dignité de la personne, rendue publique à l'occasion du 60e anniversaire de la Déclaration universelle des Droits de l'Homme (ou de l'être humain), revient en détail sur les questions de bioéthique, dans la ligne antérieure du Magistère catholique. Comme théologien protestant, marqué par l'éthique du grand Emmanuel Kant (1724-1804),je suis moi aussi très attaché à la notion de dignité de la personne humaine, dont il n'est jamais possible d'instrumentaliser la valeur. C'est pourquoi j'estime qu'il ne faut pas jouer les droits de l'Homme contre la Dignité de la Personne, ainsi qu'on le fait trop souvent, comme si la dernière notion était la signature de la seule position catholique romaine. Le problème, avec la conception particulière du Magistère romain, c'est qu'elle identifie sans nuances la notion de Personne et celle d'Embryon. Le débat commence là. Mais jamais on ne me fera dire que, si l'embryon n'est pas encore une personne au plein sens du terme, nous ne lui en devons pas pour autant du respect.



Cf. mon article « Le débat sur le statut et la protection de l'embryon en éthique protestante », in B. Feuillet-Le Mintier (dir.),  L'embryon humain. Approche multidisciplinaire, CRJO, Paris, Economica, 1996, p. 303-311.

10 déc 2008

Victoire à l'arraché

Une victoire est une victoire. En élisant M. Ueli Maurer au Conseil fédéral par une seule petite voix d'écart, le Parlement lui a transmis un message limpide: pas de démocratie sans compromis fort et sans concessions. Quant à M. Walter, son brillant second, quoique non candidat, tout laisse penser qu'il a donné lui aussi une belle leçon, en s'abstenant jusqu'au bout. Même M. Yvan Perrin en était impressionné. - Autre nouveauté jamais vue : un Parlement dont les 243 députés votent tous pour le même parti...

08 déc 2008

Apocalypse, now : what else ?

Pour le catholique et moderniste Alfred Loisy, l'affirmation « Jésus a prêché le Royaume de Dieu et c'est l'Eglise qui est venue » n'a pas le sens catastrophique que ladite phrase prendra chez le protestant libéral Adolf von Harnack. D'après mon collègue Frédéric Amsler, avec qui j'en parlais l'autre jour, et pour autant que je l'aie bien compris, Prieur et Mordillat, dans leur série sur l'Apocalypse actuellement diffusée sur Arte, privilégient la vision catastrophiste de Harnack en croyant que c'était celle de Loisy. L'émission est construite et montée à partir de l'idée d'un déclin, d'une dégringolade entre le Jésus originaire et l'Eglise ultérieure. Pour ma part, je suis persuadé qu'à l'origine il n'y aucun message chimiquement pur, mais toujours une rencontre portant à interprétation. Et c'est pourquoi les « manipulations » ecclésiastiques ne sont que le reflet de notre condition d'interprète et d'existant. Nous sommes appelés à nous situer nous-mêmes face à une parole de vie, à un message de changement. Aucun savoir des origines, aucune science absolue ne nous délivrera de ce pari, de ce risque. Autrefois, dans mes cours de gymnase, l'admirable pédagogue libre qu'était l'agnostique Gérald Schaeffer tâtonnait devant nous pour tenter de comprendre à sa manière le pari de Pascal... J'ai aussi fait de la théologie à cause, grâce ou malgré lui; et c'est sous sa direction (lui grand connaisseur et amoureux de Nerval et de Breton) que j'ai rédigé un travail de concours sur les Contemplations de Victor Hugo. La question de Dieu, du sens de la vie, de la mort, de la révélation (« apocalypse »), de l'Amour - demeure vive. A jamais. Béance. Mouvance. Quête. Passion. Défi. A partager. A renouveler.

Denis de Rougemont: l'Amour et l'Occident, suite

L’ouvrage célèbre de Denis de Rougemont, dont la première édition remonte à 1939, a été célébré et critiqué – surtout par les érudits, comme le notera l’auteur dans son «Post-scriptum non définitif et scientifico-polémique de 1972»[1]. Le point central de la querelle porte sur l’interprétation du phénomène historique des Cathares. Or les Cathares occupent, dans l’imaginaire occidental, la position des dissidents ; ils sont l’une des figures cardinales de l’autre, de l’excès de passion dont on craint la destruction de soi et la dissolution du sujet.

 

Par-delà l’aspect historique, la problématique de Denis de Rougemont garde sa pleine actualité : il voit en effet le cœur de son ouvrage dans « le drame entre la Passion de la Nuit et la Norme du jour, entre les structures essentielles du mythe et le choix existentiel du mariage» (263). Je ne prête attention, ici, qu’à ce qu’il dit des malentendus sur la morale (289ss).

 

Son résumé lapidaire, bien dans le style flamboyant de l’auteur, est très instructif sur les malentendus suscités par « L’amour et l’occident » en matière de morale :

 

« Les catholiques, écrit de Rougemont en 1972, m’ont approuvé à cause de la critique de l’hérésie que semblaient impliquer mes mises en garde contre la passion ; mais les gnostiques ont bien senti où était mon cœur. Les magazines féminins m’ont approuvé pour ma défense de la fidélité, tout en paraissant regretter que j’exclue la passion du mariage (ce que je ne fais pas). Et les hippies m’ont applaudi en Amérique pour mes peintures de la passion, et sans doute des effets du philtre, tout en regrettant que j’assume sans trop de honte l’essence de ma culture occidentale. Les mal mariés y ont vu leur bréviaire, comme l’écrivait un philosophe allemand ; les bien mariés, leurs abîmes survolés ; les divorcés, leur inutile et amère justification. Et enfin, Jean-Paul Sartre, après la guerre, s’est servi de mon livre pour illustrer la thèse qu’il attaquait avant la guerre et m’accusait bien à tort de défendre » (289s).

 

Je passe sur les détails de ces controverses, que l’auteur restitue et discute. Le malentendu le plus central porte sur la dialectique de la passion et du mariage (291), deux termes supposés exclusifs. Or, pour de Rougemont, il s’agit de tout autre chose, qu’il exprime programmatiquement ainsi : « renforcer la conscience des antinomies valables, inévitables, et qu’il faut assumer : mouvement – sécurité, extases –durée, passion – mariage, rêver l’éros et le subir ou vivre l’agapè et l’agir » (291).

 

L’enjeu existentiel et éthique central est de vivre la tension de l’antinomie, non de la fuir ou de la résoudre.

 

Une différence fondamentale est établie entre la condamnation de la passion, refusée, et la thèse selon laquelle la passion serait « l’ennemie intime de l’institution matrimoniale et de son éthique » (296), acceptée.

 

Dans son retour réflexif et critique sur ses intentions de 1939, de Rougemont, en 1972 – après Mai 68 et Marcuse, notons-le !- comprend son projet initial comme une réinvention de la genèse (j’ai envie de dire la généalogie) de la passion d’amour (297). Or cette genèse dépend pour lui du mariage comme la genèse de la mystique dépend de l’Eglise ! Au commencement est donc l’institution, non la passion. C’est pourquoi de Rougemont refuse de fonder le mariage sur l’amour passionnel. Sa thèse est, tout au contraire, d’inclure la passion dans le mariage, d’en reconnaître la présence à la fois explosive et structurelle.

 

« Toute ma morale, et toute mon érotique, et toute ma politique tiennent en effet dans le principe de la composition des opposés et de la mise en tension des pôles contraires » (298).



[1] Paris, Plon, 1972. Les chiffres entre parenthèses dans le texte renvoient à cette « édition définitive ».

 

07 déc 2008

Xamax fait pitié

A quoi sert de battre le FC Bâle si c'est pour aller concéder une défaite misérable à Vaduz ? Décidément il y a quelque chose qui cloche dans la tête, Monsieur Nestor !