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Le Destin, de Youssef Chahine (cinéaste égyptien d'origine chrétienne) date de 1997; il a récemment été projeté à la Cinémathèque suisse, à l'occasion du tremblement de terre occasionné par le vote contre les minarets. La mise en scène romanesque et vibrante du philosophe musulman Averroes opérée par le cinéaste est saisissante et met bien en évidence le mimétisme fatal entre les intégrismes chrétiens (l'Inquisition) et musulmans, au XIIe siècle. Cette analyse garde toute son actualité, quand on voit les ravages des fondamentalismes et des extrémismes de tout bord dans les trois monothéismes aujourd'hui. Car ne nous y trompons pas: Chahine ne fait pas un roman historique, mais s'interroge sur notre situation contemporaine par le biais d'une fiction par ailleurs bien documentée.
Averroes fonctionne, dans la mémoire collective, comme le plus occidental et le plus « laïc » des philosophes de la raison publique et de la tolérance. Son ouverture au religieux et sa dialectique subtile de la révélation et de la raison interdisent de le transformer en idéologue laïciste. On est loin des simplifications outrancières de Michel Onfray ou de Dawkins.
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Ainsi, cher Denis, tu proposes de
réformer la démocratie libérale ! Bonne pâte, elle se laissera faire, j’en
suis certain ; mais en a-t-elle besoin ? L’urgence n’est-elle pas
plutôt de la dissocier radicalement de celui qui se fait passer pour son allié
naturel depuis la chute du communisme d’État : le
« néolibéralisme » de Ronald Reagan et de Milton Friedman ?
Lors d’une récente leçon sur le thème de « la fin de l’histoire » dans le cadre d’un cours public à la Faculté de théologie de Montpellier, le philosophe Bertrand Binoche a dénoncé le concept même de « néolibéralisme » comme l’expression d’une imposture dont la démocratie libérale est la première victime. Le « néolibéralisme » n’est pas ce que son nom laisse frauduleusement penser : un libéralisme rénové. Le « néolibéralisme » est la négation frontale de ce qui fait l’essence même du libéralisme : le respect de l’autonomie des multiples sphères de l’agir humain. Le « néolibéralisme » étend la loi du marché à toutes les autres sphères. Il dissout leurs lois propres pour imposer la sienne jusque dans les écoles ou les hôpitaux. Binoche a raison de dire que le « néolibéralisme » est un « totalitarisme du marché ».
Saluons la constance et la détermination des régimes autoritaires qui depuis vingt ans nous démontrent avec un sens didactique admirable que la fin de l’histoire n’a finalement pas eu lieu, que la démocratie libérale qu’ils abhorrent n’est pas consubstantielle au « néolibéralisme » qu’ils chérissent et que le « totalitarisme du marché » s’accommode merveilleusement du totalitarisme tout court !
Réformer la démocratie libérale, disais-tu ? Oui, sans doute, mais alors comme Luther a réformé l’Église : en la faisant sortir au plus vite de sa « captivité babylonienne » !
Cher Marc !
Comme tu le sais, sur le fond, je suis bien d'accord avec toi : la démocratie libérale est un idéal contrefactuel, et je tiens trop à la priorité lexicale de la liberté pour sacrifier le projet critique de société à une négation des libertés. Ce qu'il faut combattre sans pitié aujourd'hui, c'est le déni posé sur le lien vivant de la liberté, de la justice et de la solidarité, déni que les dogmatismes politiques bien-pensants, UDC en tête, se font un pervers plaisir de répéter.
Rédigé à 11:14 | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
Nous avons étudié ensemble la théologie à l'Université de Neuchâtel à la fin des années 60, il est mon aîné de quelques années. Né à Fresens, dans la Béroche neuchâteloise, apiculteur chevronné, le pasteur Jean Porret s'est établi depuis plus de 30 ans dans la Belle Province, à laquelle il m'a initié dès 1992. Il y a conduit une magnifique « carrière » (il n'aimera pas le mot) de pasteur de terrain, d'aumônier universitaire, de croyant engagé. Je lui dois beaucoup. Il ne cesse de me stimuler, sur le plan théologique, culturel, personnel. Il a un solide arrière-fond théologique (son auteur de référence est le grand et magnifique Dietrich Bonhoeffer), une longue expérience, un horizon oecuménique et cosmopolitique sans cesse mobilisé. Heureux et dynamique retraité, il exerce maintenant son ministère auprès des agriculteurs suisses (alémaniques la plupart du temps) du Québec. Le vote suisse du 29 novembre l'a sidéré et choqué. Il vient d'échanger une correspondance avec la Fédération des Eglises protestantes de Suisse; j'en reproduis ici des extraits, avec sa permission.
11 décembre, Jean Porret (Québec) à Martin Hirzel, Berne
Quant aux Églises, mon choc est qu'aucune TV francophone a ma connaissance n’a donné une place aux porte-parole protestants mais uniquement au porte-parole de l'évêque. Pourquoi ce traitement discriminatoire et ce n'est pas première fois que je l'observe alors que les cantons qui l'ont accepté étaient historiquement protestants. Ce n’est. pas un hasard ! Grave erreur médiatique ? De plus quand le vote de Schengen a passé, le plus haut taux d'acceptation fut celui de Neuchâtel d'où je viens. Le député socialiste Pierre Dubois a tout de suite dit : « nous on est habitué à cela parce ce qu'il y avait les huguenots que nous avons aussi reçus ».
Fraternellement
Martin Hirzel. pasteur, docteur en théologie
Fédération des Églises protestantes de Suisse FEPS
Département Églises en relation
Chargé de l'oecuménisme et des communautés religieuses
Sulgenauweg 26
http://www.sek-feps.ch/fr
Rédigé à 10:32 | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
L’éthique
est par définition une réflexion critique et contrefactuelle : elle
formule un idéal, un but à atteindre, et n’a jamais la prétention ou la naïveté
de croire qu’elle pourrait se réaliser entièrement et simultanément dans tous
les domaines de la vie et de la société. Cela vaut encore plus pour l’éthique
chrétienne, qui demeure placée sous le signe du Royaume de Dieu – autrement
dit, d’une réalité dernière, vers laquelle toutes les réalités avant-dernières
sont appelées à s’orienter.
C’est au nom d’une telle exigence éthique radicale et sans concessions que nous avons à nous prononcer sur les réalités économiques, financières et politiques ; non pour résoudre par enchantement les problèmes qui se posent, mais pour dénoncer les injustices et les imprévoyances dont la crise financière actuelle offre une illustration aveuglante.
L'Ethique économique de Rich, à la fin des années 80, annonçait clairement l’effondrement de l’économie planifiée (tout en reconnaissant ses idéaux de solidarité et de justice) et soutenait que seule l’économie libérale, foncièrement démocratique, était capable de se réformer ; Rich en appelait dès lors à une « économie sociale de marché », capable de surmonter les impasses d’un libéralisme sauvage. Sur ce point, la direction de son éthique sociale (théologiquement fondée) demeure exemplaire et pertinente. La crise financière a vérifié l’intuition éthique de Rich : la démocratie libérale doit se réformer, mais ce changement est douloureux et profond. Il faut que la politique respecte la morale et les droits de l’homme, et fixe les cadres sociaux et éthiques du marché. Sinon, c’est la loi de la jungle.
D'un point de vue éthique, à la fois réaliste et engagé, la Suisse, par les errements de certains de ses responsables économiques et financiers (depuis la 2e guerre mondiale jusqu’à Swissair et à l’UBS), mais également d’une partie de son establishment politique, paie très cher le prix de son manque de lucidité, de hauteur de vue et de courage.
L’éthique doit inspirer et réguler aussi bien la démocratie libérale que le marché et la finance ; lui dénier ce rôle, c’est succomber à un cynisme irresponsable ou à un pragmatisme trompeur.
[1] Genève, Labor et Fides. Avec une introduction de Roland J. Campiche et Denis Müller.
Rédigé à 11:56 | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
Le professeur Marc Boss, professeur de théologie systématique à Montpellier et citoyen suisse, m'envoie le commentaire suivant au sujet de la votation catastrophique de dimanche sur les minarets.
*********
Comme beaucoup de nos compatriotes,
je suis estomaqué par ce vote. L’argumentaire de la Fédération des Églises
protestantes de Suisse me semble remarquable et j’y souscris sans réserve.
Pourquoi la FEPS n’a-t-elle pas été entendue ?
On peut se demander, de façon plus
générale, comment la position de la FEPS, qui est aussi celle de la Conférence
des évêques et de la très grande majorité des partis et des institutions
représentatives du pays, a pu faire l’objet d’un rejet aussi franc. S’agit-il
d’une « crise de confiance » semblable à celle qu’on peut
régulièrement constater pour d’autres sujets et dans d’autres pays ? S’il
en est ainsi, rien ne sert de fustiger la « démocratie directe »
comme le journaliste américain Ted Stanger l’a fait hier lors d’un débat
télévisé sur France 5. La démocratie directe est certes vulnérable aux dérives
démagogiques, mais elle parvient à dire ce que les sondages eux-mêmes ne
parviennent pas à dire. C’est la leçon majeure de toute cette affaire, une
leçon que les autres nations d’Europe feraient bien d’entendre! Le vote suisse
peut servir de révélateur et d’avertissement. Mais il faut bien admettre que le
prix à payer est excessivement lourd pour la Suisse. Le travail de la
commission Bouchard-Taylor sur la pratique des « accommodements
raisonnables » au Québec semble indiquer la voie d’un usage consultatif de
la démocratie directe qui n’en conserverait pour ainsi dire que les vertus. Ne
pourrions-nous pas nous en inspirer ?
Tu dis, cher Denis, que « le
peuple a voté avec ses tripes et exprimé sa peur viscérale et profonde non
seulement des musulmans, mais des immigrants plus largement ». Que les
phénomènes migratoires génèrent, en Suisse comme ailleurs, des inquiétudes
profondes ne me paraît guère contestable. Mais nous serions candides de penser
que la question de la place des musulmans dans la société suisse n’est qu’un
cas particulier d’une question qui se pose pour les immigrants en général. Dans
les diatribes des partis à l’origine de l’initiative comme dans les réponses de
leurs opposants, le facteur religieux a été déterminant. Plus précisément,
c’est la question de la laïcité (ou d’une certaine idée de la laïcité) qui a
occupé le centre des débats. On pouvait donc s’attendre à ce que les voix des
communautés religieuses pèsent d’un poids particulier dans ces débats. Dans un
tel contexte, je m’étonne de ce que les voix de la Conférence des évêques et de la FEPS ne se soient pas
mieux fait entendre des citoyens helvétiques.
Je m’étonne aussi de ce que des voix
dites « évangéliques » aient cru devoir entonner le cantique de la
« nation chrétienne » alors que la tradition dont elles se réclament
peut s’honorer d’avoir combattu avec une constance admirable les monopoles
théocratiques inhérents à l’idée même de nation chrétienne. Dans cette
tradition qui plonge ses racines les plus profondes dans le puritanisme
« séparatiste » du xviie
siècle, rien n’est plus proche de l’« antéchrist » que l’idée de
nation chrétienne ! Non, décidément, ces voix qui se veulent évangéliques
insultent la mémoire des grands noms qu’elles prétendent honorer. Elles ont
pour modèle le fondamentalisme de la Droite politico-religieuse américaine et
pour héros Billy Sunday ou Pat Robertson. Leur combat ne saurait décemment
revendiquer l’héritage spirituel ni de John Milton, ni de Roger Williams, ni de
John Owen, ni de Jonathan Edwards, ni de Samuel Hopkins, ni d’Adolphe Monod, ni
d’Alexandre Vinet. Fondamentalistes, encore un effort si vous voulez être
évangéliques !
Les héros de l’historiographie
évangélique dont je viens d’évoquer les noms sont tous par ailleurs des
pasteurs ou des théologiens réformés. C’est en grande partie grâce à eux que la
tradition reformée s’est dégagée de la gaine théocratique de ses origines pour
donner naissance à des communautés politiques soucieuses de protéger la liberté
de leurs minorités religieuses. Or, dans l’Angleterre de Milton comme dans la
Suisse de Vinet, la liberté religieuse est d’abord et avant tout la liberté de
prêcher sans brimades ni restrictions, de diffuser ses idées sans qu’elles ne
soient soumises à la censure d’un monopole ecclésiastique. La liberté de
conscience n’est pas la vraie liberté religieuse tant qu’elle reste confinée
dans la forteresse de l’intimité ou de la sphère privée ; la liberté de culte
n’est pas la vraie liberté religieuse tant qu’elle reste cloîtrée derrière les
portes et les fenêtres closes des bâtiments religieux ; la liberté
religieuse est publique en puissance ou elle n’est pas ; la liberté
religieuse est missionnaire en puissance ou elle n’est pas. Les plaidoiries de
Milton pour la liberté de publier procédaient de ce constat. Ce même constat
peut-il nous aider à nous orienter dans la crise actuelle ? Je crois que
oui. D’un point de vue proprement politique, il est calamiteux d’interdire les
minarets des mosquées en tant qu’expression publique de la foi des musulmans de
Suisse ; mais il n’est guère plus judicieux de diaboliser le prosélytisme
religieux, la volonté de convaincre, l’appel à la conversion si cher à
certaines communautés chrétiennes ou islamiques. L’acceptation de la pluralité
religieuse au sein d’une communauté politique n’est pas conditionnée par un
pacte d’abstention de prosélytisme entre communautés religieuses rivales. La
possibilité de la conversion individuelle est un marqueur de la démocratie. Si
notre devoir de démocrates est d’assurer aux musulmans de Suisse une liberté
religieuse sans restriction, c’est-à-dire incluant la liberté d’afficher leur
foi dans l’espace public et de pratiquer le prosélytisme, nous devons aussi
soutenir avec force et détermination le combat des personnes qui, dans des pays
d’obédience ou de tradition islamique, renoncent à l’islam au profit d’une
autre foi ou renoncent à toute appartenance religieuse au péril de leur vie.
Rédigé à 07:15 | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
Ce qui étonne le plus dans ce résultat décevant, c'est l'importance du soutien accordé à un texte de peur.
Nous nous sommes trompés. Je me suis trompé. Malgré l'opposition claire de la Fédération des Eglises protestantes, de la Conférence des évêques suisse et des partis de la droite modérée, du centre et de la gauche, ainsi que du gouvernement et des chambres fédérales, le peuple a voté avec ses tripes et exprimé sa peur viscérale et profonde non seulement des musulmans, mais des immigrants plus largement.
Cela devrait nous apprendre que l'éthique de la discussion ou des arguments rationnels ne suffit pas; nous devons intégrer dans notre raisonnement et dans notre foi l'importance du sentiment, sans confondre peurs légitimes, fantasmes et amalgames.
Travail de longue haleine, parce que faisant appel à la formation des consciences et des identités morales et croyantes, sur le long terme et non pas au coup par coup de la politique politicienne.
Rédigé à 16:25 | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
Je ne sais pas si on peu dire qu'on a le plus mauvais Conseiller fédéral depuis longtemps. Ce que perçois par contre, c'est que nous vivons dans une Suisse déprimante, en manque de projets et d'enthousiasme. Et personne ne me fera croire que la victoire des M17 aux Championnats du monde de football au général va nous tenir lieu de projet de remplacement.
Il nous manque en fait un mouvement citoyen qui transcende le splitting politique.
Rédigé à 17:40 | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
Minarets
« Suisses de peu de foi, n’ayez pas peur »
Denis Müller
Professeur d’éthique (Facultés de théologie, Universités de
Genève et de Lausanne
L’initiative populaire visant à inscrire dans la Constitution
l’interdiction de construire des minarets viole le bon sens et l’équité ;
elle témoigne d’un manque de confiance envers la Suisse, ses habitants, ses
citoyens et ses institutions.
La Fédération des Eglises protestantes a très bien exposé les
arguments qui s’opposent à cette initiative. Je les résume librement :
-
On estime à 350 000 le nombre de
musulmans en Suisse. Un pays démocratique ne saurait interdire à cette partie
de sa population le droit d’exercer sa religion, dans le cadre de l’Etat de
droit, basé notamment sur la liberté de conscience et de religion.
-
La diversité des différentes
communautés croyantes en Suisse touche également les musulmans. Mieux vaut
soutenir l’effort d’intégration des plus ouverts de ces derniers que de mettre
d’abord l’accent sur les excès évidents de leurs courants fondamentalistes.
-
La Suisse est un Etat de droit. Elle
se veut garante des droits et des libertés de ses citoyens et de ses habitants.
L’Evangile, dont les Eglises et les démominations chrétiennes se réclament,
représente un appui fondamental aux valeurs sur lesquelles s’est construit et
se fonde encore aujourd’hui un tel Etat de droit.
-
Comme les clochers, catholiques,
protestants ou orthodoxes, et comme les éléments architecturaux des synagogues,
les minarets sont soumis au droit suisse des constructions. Plutôt que de les
ériger en symboles de discorde sociale, intégrons-les dans le cadre juridique
suisse, au service de la concorde et de la paix sociale et religieuse.
-
La liberté religieuse est aussi une
conséquence de la foi chrétienne. Cette liberté vaut pour tous. Elle n’est pas
l’apanage de quelques-uns ou un instrument de conquête prosélyte. L’élan
missionnaire du christianisme doit être compris et vécu aujourd’hui comme une
conviction communicative et non comme un viol des consciences. C’est pourquoi
nous pouvons accueillir aussi l’élan des autres religions pour ce qu’il
est : un témoignage de vie, non pas une déclaration de guerre.
-
La seule manière de défendre sa foi,
c’est de la vivre et de la comprendre en pleine confiance. Ne cherchez pas le
Vivant parmi les morts, mais soyez des messagers de joie. N’ayez pas
peur !
Il faut donc rejeter cette initiative :
– Pour défendre la liberté de conscience et de religion.
– Pour montrer que la Suisse a confiance en son propre avenir et en
son rayonnement international.
– Pour prouver que les chrétiens de ce pays ont une conception
dynamique, confiante et paisible de leur propre foi et de son rayonnement
spirituel.
Un récent sondage laisse entendre de 42% des protestants (contre 31
% des catholiques) seraient en faveur de l’initiative.
N’extrapolons pas à partir d’une donnée aussi globale. Il y a
longtemps que les protestants (réformés et évangéliques confondus) ne pensent
pas et ne votent pas de la même manière, pensons aux débats sur l’avortement ou
sur les cellules-souches. C’est là un signe de la vitalité et de la pluralité
du protestantisme !
Pas plus qu’il ne convient de mettre tous les protestants dans la
même panier, gardons-nous de construire une représentation caricaturale des
évangéliques de ce pays. Si une partie importante d’entre eux inclinent vers
des positions politiques et éthiques conservatrices, une autre partie a su
faire preuve d’ouverture, de tolérance et de solidarité.
Ce qui compte en définitive, d’un point de vue chrétien, c’est de se
demander ce que l’Evangile lui-même nous demande en conscience. Les chrétiens
ne sont pas soumis à des idéologies, de droite ou de gauche. Les chrétiens
s’inspirent du modèle de Jésus de Nazareth, un dissident, un homme libre, qui a
payé de sa vie son engagement et son indépendance d’esprit. Vivre à sa suite,
se laisser porter par la lumière de son message et de son attitude, c’est
emprunter un chemin de justice et de solidarité. Jésus n’a pas sacrifié à
l’idéologie ou à l’esprit de clocher. Il ne nous pas demandé de nous réfugier
derrière les bunkers du nationalisme ou de nous enfermer dans la peur, la
méfiance ou la frilosité. Tout au contraire !
L’enjeu évangélique de la votation du
29 novembre, pour tous les chrétiens de ce pays, toutes confessions et
dénominations confondues, c’est de montrer que les humains sont plus importants
que les bâtiments et que les constructions : plutôt que de montrer du
doigt les minarets comme des missiles et des armes de discorde, regardons les
musulmans, y-compris les musulmans détenteurs d’un passeport rouge à croix
blanche, comme des croyants plutôt que comme comme des guerriers. Soyons des
témoins et des acteurs de paix. Défendons et construisons une Suisse ouverte et
fière, décomplexée face aux diktats des petits et des grands dictateurs de tout
bord, une Suisse capable de dialoguer et de commercer librement, dans le monde
entier, et en particulier dans le monde arabe. Disons non à l’initiative contre
les minarets, nous tous qui voulons et souhaitons une Suisse digne de son
patrimoine éthique et chrétien.
Rédigé à 21:35 | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
10 personnalités romandes s'adressent au président Kadhafi dans Le Matin du 29 octobre 2009
Je reproduis ici mon propre texte:
Monsieur le Président,
Je ne connais pas votre pays et je crains de ne pas avoir le loisir de le découvrir prochainement, vu les recommandations émises par la Confédération helvétique.
« Jean-Jacques, aime ton pays », peut-on lire sur une belle maison de Genève. Impossible d’oublier que ce même Rousseau fut maltraité par un pasteur et ses ouailles, à Môtiers, près de Neuchâtel, où je suis né.
Je crois que le patriotisme est légitime, pour toute personne dans le monde. Je suis fier d’être suisse, comme vous l’êtes vous-même d’être lybien.
Le patriotisme a cependant une limite, qui constitue notre commune humanité éprise de paix et de justice : aimer notre patrie, c’est respecter celle des autres.
Aimer son pays et sa patrie ne saurait signifier que nous devions en défendre les erreurs, les errances et les injustices. La Suisse est imparfaite, comme toute démocratie. Elle doit impérativement s’améliorer; elle doit elle aussi respecter les droits de l’homme, selon les règles de l’éthique et du droit international. Si telle ou telle de ses autorités a commis une erreur, il faut en juger. Sereinement. Nous ne sommes pas une mafia.
Il est d’autant plus incompréhensible à mes yeux, comme à ceux de l’immense majorité de mes concitoyens, que vous reteniez à Tripoli deux personnes qui ne sont en rien impliquées dans les événements survenus à Genève. Votre pays retrouvera aussi le respect de la communauté internationale quand ces deux hommes seront libres. Nous serons, ensemble, réunis alors par le droit des gens. En sauvant la face ensemble, nous aurons grandi ensemble.
Denis Müller, théologien, professeur d’éthique aux Universités de Genève et de Lausanne
Rédigé à 09:58 | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
Sur les ondes de la RSR, Hélène Küng, pasteure vaudoise, directrice du CSP, inaugure le café philosophique de la semaine: nul doute qu'elle va nous conduire dans un discernement éclairant. 1. Un non pour éviter la honte Franchement, qui peut croire qu’en interdisant la construction des minarets, tout ce que l’on peut craindre de l’islamisme radical va disparaître comme par enchantement ? Cette idée, délirante, mérite peut-être d’être nominée au prochain prix Champignac, qui relève les plus belles pièces du bêtisier de l’année. Mais faut-il endosser collectivement cette bêtise jusqu’à l’inscrire dans la Constitution fédérale ? Ce serait une honte, indigne des Suissesses et des Suisses. Merci de voter non à l’initiative sur les minarets. 2. Un non pour couper court aux querelles de clochers La Bible ne prescrit nulle part qu’il faut un clocher pour croire en Dieu. Et pourtant, les Suisses autorisent les clochers et ne protestent pas contre les cloches qui sonnent (ou seulement parce qu’elles les tirent trop tôt de leur sommeil). Tout le monde comprend que c’est un appel au recueillement communautaire des croyants, un appel à la méditation, à la prière et au partage. A l’heure actuelle, personne n’y voit un « appel à la suprématie » du christianisme. Le Coran ne mentionne peut-être pas les minarets. Les musulmans n’ont manifestement pas besoin de minarets pour vivre leur foi. Cela n’en fait pas pour autant un « glaive politique » chargé d’imposer la charia en lieu et place de la Constitution et des lois de notre pays. De toute évidence, il est absurde d’interdire la construction des minarets. Il faut voter non à l’initiative sur les minarets. 3. Non à une initiative gouvernée par le manque de foi et l’injustice Ce n'est pas défendre le christianisme que de rejeter l'islam : c'est juste bête. Cela témoigne surtout d'un manque de foi dans le Dieu de l'Evangile. Vienne l’Esprit à l’aide de notre petite foi ! Ce n’est pas défendre la Suisse que de refuser à une communauté religieuse un droit que l’on accorde aux autres. Cela témoigne d’une perte de confiance dans la force de notre pays, qui a toujours été dans la solidarité (un pour tous et tous pour un) et dans l’égalité devant la loi, par delà les différences linguistiques, culturelles, religieuses… Notre pays sera d’autant plus fort que les croyants de tout bord seront bien ancrés dans leur foi. Une condition pour cela, c’est que la Constitution ne traite pas différemment telle ou telle religion. Que vous soyez croyant ou non, allez voter non à l’initiative sur les minarets, pour préserver la paix religieuse dans notre pays et pour conforter la Suisse dans sa confiance en elle.
*******
Un ancien étudiant, très engagé politiquement, m'envoie ces lignes:
Rédigé à 07:01 | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
J'ai reçu ce matin le courriel suivant de Monsieur Claude Ruey, conseiller national bien connu et chrétien engagé.
C'est avec plaisir que je reproduis ici le message de M. Ruey, avec son accord.
Monsieur le Professeur, cher Monsieur,
Peut-être l’avez-vous entendu, Ivan Levaï vous a cité à propos de Polanski dans sa revue de presse sur France Inter ce matin. Bravo !
C’est ce qui m’a incité à vous lire intégralement. Si je vous suis presque totalement, je suis tout de même agacé par le passage suivant :
« La contradiction entre cette hospitalité touristico-économique et le coup de filet de Zurich n’en est que plus patente: elle porte la signature de l’hypocrisie helvétique et de son establishment. Comme Suisse, je suis choqué de cela, comme je suis troublé et fâché par le manque de communication et de concertation entre les 7 membres du gouvernement helvétique dans le suivi de cette affaire. »
Comment pouvez-vous cédez à cette détestable manie de l’auto-flagellation qui caractérise la soi-disant élite progressiste de Suisse ! Qu’il soit troublant de voir un pays arrêter une personne qui par ailleurs a pu librement établir une résidence secondaire en Suisse, je vous le concède volontiers. Et c’est de nature à induire en erreur le citoyen moyen… mais pas vous… tout de même ! Car il ne faut pas avoir fait une maîtrise de droit pour comprendre, et c’est heureux, que la séparation des pouvoirs conduit parfois à des décisions peu coordonnées ! A moins bien sûr de préférer Big Brother et l’Etat totalitaire, toute personne attachée au respect de la liberté et du libre-arbitre de la personne ne peut que se réjouir de cette apparente contradiction. Je suis troublé et fâché, si vous me permettez de reprendre vos propos, de voir qu’un homme de votre qualité puisse qualifier d’hypocrisie ce qui finalement est éthique de la liberté.
Quant à imaginer que les Conseillers fédéraux puissent s’occuper personellement et directement de telles affaires, c’est ignorer leur rôle : un membre de gouvernement n’a pas à s’immiscer dans l’opérationnel, mais bien à s’occuper du stratégique, quitte à assumer la responsabilté de l’exécution des tâches déléguées (« Responsable, mais pas coupable », pour reprendre une déclaration célèbre). Je vous concède cependant bien volontiers qu’actuellement le collège agit ou communique de manière tout autre que collégiale. Et là, il y a de quoi être troublé et fâché ! Mais c’est une autre histoire.
Avec mes salutations fraternelles les meilleures
Claude Ruey
Conseiller national
claude.ruey@parl.ch
******
Un seul premier commentaire en réponse provisoire à M. Ruey :
C'est justement au nom de mon éthique de la liberté que j'ose parler de l'hypocrisie de la Suisse. Aucune auto-flagellation progressiste de ma part, comme me l'impute trop vite le libéral vaudois. Je suis fier d'être Suisse, mais pas au point de fermer les yeux sur nos contradictions.
Rédigé à 12:49 | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
L’arrestation spectaculaire
de Roman Polanski à son arrivée à Zurich pose des questions brûlantes, ainsi
que l’a montré l’extrême diversité des réactions dans le monde entier depuis
plusieurs semaines.
Avec le recul,
une certaine clarification s’est opérée, permettant de reprendre à tête reposée
les enjeux éthiques d’une telle affaire.
Cette exigence
de clarification est en effet la conséquence d’une série de confusions, que je
reprends et discute ici.
1) Confusion
entre l’affaire jugée et l’affaire à juger.
La discussion
s’est enflammée de manière passionnelle, aussi bien du côté des défenseurs de
Polanski que de ses accusateurs, faute d’avoir vérifié avec assez de soin
l’état du dossier et d’avoir pris la mesure de la différence des legislations
(américaines et suisses, mais également françaises et polonaises, vu la double
nationalité de Polanski). La condamnation de Polanski à Los Angeles a eu lieu
dans un premier temps, avec les conséquences que l’on sait (47 jours de prison
suite à l’effectuation partielle de la peine prononcée, puis décision de
Polanski de fuir les Etats-Unis suite à des menaces de peine plus lourde dont
semble s’être fait état le premier juge). Aussi Polanski a-t-il été présenté ou
compris comme un condamné – eu égard à la première peine prononcée – alors que
face à la deuxième peine encourue, il devrait être traité comme un judiciable
et donc bénéficier, au moins moralement sinon juridiquement, de la présomption
d’innocence. Ses aveux antérieurs, réels ou supposés, restent soumis à
appréciation et ne peuvent pas être tenus pour le dernier mot d’une cause
encore ouverte. Cela concerne bien entendu en particulier la qualification
exact du crime commis. Mais cela vaut aussi, par ailleurs, pour l’attitude de
sa victime; le fait, bien compréhensible, qu’elle ait souhaité ne plus revenir
sur cette affaire ou, très remarquable, qu’elle ait exprimé dans la presse,
bien des années après les faits, une forme plus ou moins explicite de « pardon
», ne change évidemment rien au fait que certains crimes graves, le viol
notamment, et le viol de mineurs tout particulièrement, soient poursuivis
d’office.
2) Confusion
entre la Suisse comme Etat de droit et l’état d’hypocrisie de l’establishment helvétique.
La ministre
suisse de la justice a souligné avec force qu’elle n’avait fait que défendre
l’Etat de droit, lequel présuppose un traitement égal de tous les justiciables,
indépendamment de leur notoriété et de leur fortune. Au fur et à mesure, des
personnalités de tout bord politique, en Suisse et à l’étranger, ont reconnu
que, sur ce point, la Suisse – si on peut parler d’elle comme d’une
personnalité collective ou corporative – avait agi de manière juridiquement
correcte, voire même de manière équitable du point de vue éthique. Le Tagesanzeiger de Zurich – un journal proche de la gauche – a publié un article
faisant état de l’hystérie des milieux artistiques dans leur défense de
Polanski; et l’ancien procureur genevois Bernard Bertossa, très engagé depuis
de nombreuses années dans la lutte contre la corruption internationale et connu
pour ses positions progressistes, a lui-même émis dans Le Temps un avis très clair en faveur d’une stricte séparation des pouvoirs,
la justice devant faire son travail sans se laisser influencer par des
considérations politiques ou culturelles.
Cela dit, la
responsabilité de « la Suisse » est aussi impliquée par le fait que les
autorités helvétiques avait précédemment accordé sans la moindre réserve à
Roman Polanski le droit d’acquérir un chalet à Gstaad et que le célébre
réalisateur venait régulièrement en vacances en Suisse avec sa famille. La
contradiction entre cette hospitalité touristico-économique et le coup de filet
de Zurich n’en est que plus patente: elle porte la signature de l’hypocrisie
helvétique et de son establishment. Comme
Suisse, je suis choqué de cela, comme je suis troublé et fâché par le manque de
communication et de concertation entre les 7 membres du gouvernement helvétique
dans le suivi de cette affaire.
3) Confusion
entre l’oeuvre et la personne.
Les déclarations
extrêmement légères d’un certain nombre de représentants du monde cuturel, tant
en Suisse qu’en France ou dans le reste du monde, au sujet de cette pénible
affaire ont fait montre d’une grave confusion entre la vie d’un homme et son
oeuvre artistique. On peut admirer l’oeuvre cinématographique de Polanski –
sans qu’il soit nécessaire d’y voir le fait d’un génie ou sans l’élever
nécessairement au rang des plus grands créateurs du 7e art (pour ma part, je ne
pense pas que Polanski soit un artiste du niveau de Kubrick, de Bergman ou de Fellini, mais c’est une autre
question); son oeuvre, malgré toutes les plaies ouvertes et les tragédies
auto-biographiques dont elle porte la trace, ne doit pas être confondue avec sa
personne; de toute évidence, comme pour chacun d’entre nous, son oeuvre ne
dédouane pas Roman Polanski de sa qualité de sujet et de sa responsabilité
morale quant à la conduite de sa propre vie et à la gestion de son destin
dramatique.
4) Confusion
entre les victimes.
La discussion de
ces dernières semaines autour de l’affaire Polanski a bien montré le danger de
focaliser notre seule attention sur le sort peu enviable de Polanski et de
l’ériger en victime paradoxale (de la Suisse, de la justice américaine, de
l’antisémitisme du premier juge de Los Angeles, de la vindicte populaire, des
thèses réactionnaires des partis nationalistes suisses ou autres, etc.), comme
si son acte initial envers sa propre victime d’il y a 32 ans ne comptait pour
rien. Encore une fois, cette dernière remarque ne devrait préjuger en rien de
la qualification finale du crime commis d’antan, ni de la condamnation
subséquente éventuelle. Il semble possible, sinon probable qu’en cas
d’extradition aux Etats-Unis dans quelques semaines ou dans quelques mois,
Polanski ne risque pas, à 76 ans, d’être condamné à 50 ans de prison et que sa
peine pourrait s’avérer plus symbolique qu’exemplaire, eu égard à toutes les
victimes de viol et de pédophilie auxquels chacun de nous a appris à prêter une
attention soutenue : nous avons tous quelque part dans notre famille ou dans
notre établissement scolaire une fillette ou un garçonnet de 13 ans en danger,
et personne de nous n’est prêt à accepter semblable ignominie et semblable
tragédie. On peut aussi considérer et espérer que le temps passé et l’attitude
très digne de la victime de Roman Polanski contribuent à un jugement approprié
à la situation actuelle, et dépourvu de sensationalisme, de ressentiment ou de
vengeance.
Mais le plus
important, dans tout cela, n’est-ce pas que le mari d’Emmanuelle Seigner et le
père de leurs deux enfants retrouve la parole vraie et digne d’un homme
responsable, devant le forum du juge et, par là-même, devant le forum de ses
semblables et à ses propres yeux ?
C’est à ce prix,
sans nul doute, que nous sortirons ensemble de l’état de confusion et de
catalepsie dans lequel « l’affaire Polanski » nous a jetés : à condition qu’un
homme, cet homme-là, reste membre de la communauté humaine à laquelle nous nous
targuons d’appartenir nous aussi, avec une légitime fierté, et de manière
également responsable.
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Mon collègue et ami Shafique Keshavjee a rédigé ce texte: il nous invite tous à la réflexion.
Paysans et consommateurs:
unissons-nous !
Un grondement secoue l’Europe : le
grondement de la révolte paysanne.
Présent à Palézieux lors des assemblées qui ont
lancé « la révolte des paysans » (11 et 14 septembre), j’ai été
témoin du désespoir et de la détermination de nombreux agriculteurs. Venant des
profondeurs de la terre, le grondement de leur révolte crie: « Notre
humiliation a assez duré !». Impossible pour moi de ne pas faire le lien
avec ce texte décapant du Nouveau Testament : « Vous les riches,
pleurez sur les malheurs qui vous attendent… le salaire des ouvriers qui ont
fait la récolte dans vos champs : retenu par vous, il crie et les clameurs
des moissonneurs sont parvenus aux oreilles du Seigneur » (Jacques 5). En ce temps de
cris(e), un monde agricole nouveau est peut-être en train de naître. Un monde
dans lequel le prix attribué au paysan tiendra compte des coûts de production
réels et d’une marge bénéficiaire juste. Et dans lequel l’essentiel des
bénéfices ne sera pas accaparé par un groupe réduit d’entreprises. Mais nous
n’y sommes pas encore. Entre le monde ancien et le monde nouveau, il y a le
temps de la révolte. Et cette révolte est compréhensible.
Or qui dit révolte, dit désordre au sein d’un
ordre révoltant. Lorsque les routes seront bloquées ou la distribution des
aliments perturbée, nous devons nous souvenir avec indulgence que cette
désorganisation organisée est la désorganisation d’un ordre organisé par des
puissants et pour les puissants.
Comme le montre très bien une analyse d’OXFAM : «(…) de la production des biens alimentaires à leur consommation finale, les différents maillons constitutifs des chaînes agroalimentaires ne tirent pas tous avantage des conditions d’approvisionnement pratiquées par les uns et les autres. Certains en retirent de gros bénéfices alors que d’autres parviennent tout juste à en (sur)vivre, dans des conditions indécentes. »[1]
D’un côté, il y a les bénéfices pharaoniques (pour 2008) de la distribution (Walmart 13,4 milliards de dollars ; Migros CHF 701 millions ; Coop CHF 390 millions…) de la transformation (Nestlé CHF 18 milliards ; Emmi CHF 58,7 millions…) et de l’agrochimie (Syngenta 1,38 milliards de dollars ; Monsanto 2 milliards de dollars…). Nous pourrions nous réjouir de cette « bonne santé » s’il n’y avait pas de l’autre côté l’exploitation de trop nombreux agriculteurs poussés à bout et criant leur révolte dans toute l’Europe.
Dans les revendications de la paysannerie, au moins trois demandes sont formulées. Et les trois méritent d’être entendues. 1. Un prix équitable. Ils demandent un prix rémunérateur pour le lait (notamment), à savoir en Suisse 1 franc le litre (si le consommateur était seul à supporter une augmentation du prix, ce qui serait injuste vu les bénéfices des autres acteurs de la chaîne agroalimentaire, cela lui coûterait moins de 35.- par personne et par an)[2]. 2. Une meilleure coordination de l’offre et de la demande. Pour cela, ils demandent de la transparence de la part des transformateurs et des distributeurs. 3. Des institutions et des lieux de négociation qui les respectent. Trop d’agriculteurs ne se reconnaissent plus dans ceux qui sont censés les représenter dans les institutions mises en place ou dans les milieux politiques (Interprofession du lait ; Office fédéral de l’agriculture…).
La révolte des paysans ne fait que commencer. Les consommateurs ont tout intérêt à ce qu’une agriculture de qualité et de proximité demeure dans leur région. Les paysans aiment leur pays (tandis que certains dirigeants de l’agroalimentaire sont prêts à s’envoler là où le profit est maximal). Alors soutenons cette révolte non violente. En achetant directement auprès des agriculteurs leurs produits, aussi longtemps que certains distributeurs, malheureusement, doivent être contournés. Une nouvelle alliance ville-campagne est à instaurer avec tous les partenaires soucieux de justice. Paysans et consommateurs: unissons-nous !
Chexbres, le 17
septembre 2009 Shafique Keshavjee
Écrivain, professeur et pasteur
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C'est ce qu'écrit ce matin Hans-Wolfgang Frick, du Groupe de Riencourt, dans Le Temps de Genève.
Le Groupe de Riencourt défend un libéralisme attaché aux valeurs morales.
Il est juste que cet aspect-là soit rappelé dans une perspective libérale, attachée à la protection de la sphère privée.
Cela dit, l'auteur a l'honnêteté d'écrire que « Le secret bancaire n'est pas seulement un outil pour frauder » ! C'est donc qu'il a aussi joué ce rôle, et c'est bien sur ce point que les tricheries encouragées par l'UBS ne sont pas admissibles et devront bien se payer.
On ne peut pas avoir le beurre et l'argent du beurre: un secret bancaire défendant la valeur éthique de la sphère privée, mais trompant l'Etat et lésant la valeur éthique de la solidarité.
Rédigé à 12:11 | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
Il y a quelques mois Neuchâtel-Xamax a fait le difficile pour un transfert éventuel de Hakan Yakin, alors exilé de luxe dans le football doré d'Arabie. Devinette: qui a marqué le but de la victoire de Lucerne ce dimanche à Emmenbrücke ?
Rédigé à 18:02 | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
Xamax ou Sion auraient sans doute de quoi bâtir de belles équipes compétitives autour des jeunes talents formés au club. Mais 11 talents ne font pas un team. Ce qui compte, c'est un patron sur le terrain, un coach unique, un président qui reste dans son rôle. Encore du boulot.
Rédigé à 14:59 | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
Le candidat alternatif Roger Favre s'est risqué pour une fois à une comparaison footballistique sur Canal-Alpha+, au soir du premier tour des élections neuchâteloises. Il ne suffit pas de marquer des buts, a-t-il affirmé, encore faut-il avoir un fond de jeu. Il faisait allusion à la difficulté toujours plus grande d'avoir en politique de véritables débats. Sur ce point au moins, je ne saurais lui donner tort.
Rédigé à 21:21 | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
Ce 17 mars 2009, lors d’une conférence de presse dans l’avion qui le menait vers l’Afrique, Benoît XVI a tenu des propos qui ont suscité une vague de protestations virulentes. L’incidence du SIDA en divers pays d’Afrique subsaharienne est d’une gravité effarante : en 2008, sur 33 millions de personnes infectées dans le monde, 23 vivent en Afrique subsaharienne ; l’épidémie est particulièrement dévastatrice au Botswana, en Guinée, au Lesoto, en Swaziland, au Zimbabwe et se caractérise notamment par un pourcentage élevé des femmes séropositives (sources ONUSIDA 2008 ). Toute prise de position peut donc avoir des conséquences considérables, en nombre de vies humaines concernées. Professeurs à l’Université catholique de Louvain, attentifs aux valeurs portées par la tradition catholique de notre université, nous ne pouvons rester indifférents à cette question.
Si l’on prend en compte l’ensemble de son intervention, Benoît XVI parle d’un double engagement : « le premier, une humanisation de la sexualité » et « le second, une amitié vraie, surtout envers ceux qui souffrent ». Le pape vise là deux axes dans une stratégie de lutte contre le SIDA : d’une part, la promotion d’une sexualité vécue dans ses dimensions humaines et spirituelles plénières et, d’autre part, l’attention et le soin à toute personne souffrante. Sur le plan des principes, on ne peut qu’approuver le propos et souligner les accents humanistes des orientations proposées.
Les difficultés se situent dans les modalités de poursuite de ces objectifs. « S’il n’y a pas d’âme, si les Africains ne s’aident pas, on ne peut résoudre ce fléau en distribuant des préservatifs : au contraire, cela risque d’augmenter le problème.» Cette position s’inscrit dans la droite ligne du rejet par la hiérarchie catholique des moyens de contraception, présentés d’emblée comme contraires à l’humanisation de la sexualité.
Nous ne pouvons souscrire à une telle position tant pour des raisons théoriques que pour des raisons pratiques. Sur le plan théorique, le refus de la contraception sous prétexte de déshumanisation nous paraît contestable. Un élément technique n’est pas, par lui-même, porteur de sens. C’est la manière dont l’être humain l’intègre dans son comportement qui en fait un élément d’humanisation ou non. Depuis plusieurs dizaines d’années, de nombreux couples, chrétiens ou non, peuvent témoigner d’un usage de divers moyens contraceptifs qui contribue largement à une « humanisation de la sexualité ». Les moyens contraceptifs peuvent être mis au service du respect des personnes dans leur globalité. Ils peuvent s’inscrire dans une conception spirituelle de la vie de couple.
Sur le plan pratique, renoncer aux moyens contraceptifs dans la lutte contre le SIDA conduit à des conséquences catastrophiques. En effet, l’efficacité de ce mode d’action a été établie par de nombreuses études scientifiques de santé publique. Renoncer à ce moyen d’action ne peut se justifier qu’en fonction d’une argumentation solide, qui aboutisse à une meilleure prise en compte du bien-être de la population. Cette argumentation est absente dans le discours pontifical. Un simple recours à l’humanisation de la sexualité est, sur ce plan, profondément insuffisant. Au sein des programmes internationaux de sensibilisation, de nombreux groupes investissent depuis des années dans l’éducation à la santé, dans l’information concernant les mécanismes de transmission de la pathologie et proposent les préservatifs comme mode de protection personnelle et de lutte contre l’expansion de l’endémie. Il s’agit bien là d’un travail d’humanisation de la sexualité, d’éducation à un rapport responsable à son propre corps et au corps d’autrui, de prise en compte du bien-être collectif.
Nous tenons à apporter notre appui le plus déterminé aux équipes d’éducation à la santé en Afrique subsaharienne qui, jour après jour, travaillent à une information des populations concernées et proposent à ces populations des moyens pratiques de contenir l’évolution de l’endémie. En articulant l’usage d’un préservatif à un objectif de protection des personnes, elles contribuent largement à une humanisation de la sexualité. Leur travail doit être reconnu et encouragé.
Plusieurs d’entre nous entretiennent des contacts réguliers avec le monde africain. En diverses cultures, les obstacles symboliques à l’usage des préservatifs sont importants. Plutôt que renforcer ces obstacles, on pourrait attendre du discours chrétien qu’il propose une humanisation de la sexualité compatible avec la technique et facilite ainsi l’acceptation des préservatifs par les populations. L’Afrique mérite mieux que le rappel d’un principe largement inappliqué dans la culture même qui l’a produit.
Philippe Baret, Agronomie; Marc Crommelinck, Neurosciences; Bruno Delvaux, Agronomie; Bernard Feltz, Philosophie des sciences (porte-parole); Camille Focant, Théologie; Nathalie Frogneux, Philosophie ; Eric Gaziaux, Théologie; Pierre Gianello, Médecine ; Didier Lambert, Médecine; Pierre-Joseph Laurent, Anthropologie; Walter Lesch, Théologie et Philosophie ; Jean-Louis Renchon, Droit.
Rédigé à 22:09 | Lien permanent | Commentaires (1) | TrackBack (0)